Le roi Baudouin Ier (1930-1993) Né en 1930, le Prince Baudouin de Belgique succéda en 1951 à son père Léopold III comme Roi des Belges. Il régna 42 ans et décéda en 1993.
Il faut savoir que la Belgique est aujourd'hui un Etat fédéral composé de Communautés et de Régions. Elle reste cependant une monarchie constitutionnelle et héréditaire où l’on distingue trois niveaux de pouvoir : la commune, la province et l’Etat, un Etat centralisé dont le chef est le roi, il règne mais ne gouverne pas. Il signe les lois et n’intervient qu’au niveau fédéral, C’est le gouvernement (quinze ministres au maximum) qui fait exécuter les lois.
Durant le règne de Baudouin, la Belgique connaît de profonds bouleversements économiques et sociaux: Le Congo, son ancienne colonie, obtint son indépendance. A l'origine État unitaire, la Belgique se transforma en un État fédéral. Elle soutint la création de l'OTAN et fut un des moteurs de l'intégration européenne. Le Roi Baudouin appuya entièrement toutes ces évolutions. Il fut une personnalité très respectée pour ses profondes préoccupations sociales et pour son combat contre toute forme d'inégalité, en Belgique comme dans le tiers-monde.
Le roi vécu dans un contexte relativement difficile, jeune, il connaît l’occupation allemande, sa famille et lui-même sont déportés plusieurs fois (en France, Allemagne et en Autriche), il vivra ensuite sous « la question royale » : on reproche à son père d’avoir capitulé devant l’ennemi. Son père abdique en sa faveur, et c’est ainsi qu’il devint roi à tout juste 20 ans. Plus tard il du faire face à de nombreuses tensions politico linguistiques qui depuis longtemps divisent les régions.
Parallèlement au niveau de sa vie privée, il perdit sa mère dans un accident tragique à l’age de cinq ans, plus tard il se brouille avec son père qu’il vénérait. Il est aussi affecté par l’impossibilité d’avoir des enfants. Profondément religieux, il n’a jamais aspiré à être roi. Il vécu sa vie durant, dans une apparente mélancolie.
Sa religiosité domine sa vie, il pratique la prière et la méditation, il ira même jusqu'à abdiquer quelques heures pour ne pas avaliser une loi contraire à ses principes concernant la légalisation de l’avortement.
Témoin de sa dévotion, la Fondation roi Baudouin qu’il créa en 1976 grâce aux dons faits par la population à l'occasion du 25e anniversaire de son accession au trône. Elle a pour objet l'amélioration des conditions de vie de la population. Elle mène des projets et publie des ouvrages dans des domaines aussi variés que la lutte contre la pauvreté et les exclusions sociales, l'environnement, le patrimoine architectural et artistique, la formation des jeunes, .
La Fondation Roi Baudouin est une institution indépendante d'utilité publique. Grâce à la collaboration avec des organismes publics, des associations, des entreprises et aussi des citoyens, la Fondation a pu se développer en une institution qui jouit de la reconnaissance générale et qui occupe une place importante dans le pays. Sa plus-value réside dans son effet de levier, sa fonction de forum et son exploration enthousiaste de l'avenir.Désirant relever les défis et les problèmes sociaux, elle stimule la solidarité et la générosité et elle joue le rôle de catalyseur pour la création de changements durables.
Ses valeurs sont : l'indépendance, le pluralisme, le respect de la diversité, la recherche de qualité, la transparence, l'intégrité, le travail au service de la collectivité.
Roi attentionné, il recevait régulièrement les généraux des gendarmes en audience, le danger couru par le gendarme dans l’exercice quotidien de ses missions étant l’un de ses soucis majeurs. «Jamais, il ne faisait part de ses pensées profondes, mais l’émotion se lisait sur son visage lorsque certains problèmes cruciaux étaient évoqués. On pouvait alors deviner son sens très humain et sa sensibilité extrême» nous confia le lieutenant général.
Le Souverain avait à cœur de préserver l'unité de la Belgique. C'est en ces mots qu'il s'exprima, le 31 mars 1976, évoquant la devise de la Belgique ("L'Union fait la Force") : "Lorsque les fondateurs de la Belgique indépendante choisirent cette devise, ils étaient tout à fait conscients et de notre diversité, et de la nécessité de notre cohésion. Ils avaient estimé que les régions, avec leur autonomie légitime, constituaient des éléments complémentaires dans un ensemble, et ne devaient pas se présenter comme des adversaires envieux. Ils savaient que fédérer c'est unir dans la différence acceptée et non pas dissocier dans l'affrontement". Par la suite, ce thème ne cessera de réapparaître, chaque fois avec plus d'insistance, dans les discours du Souverain.
Pourtant, le Roi Baudouin fut et demeure une personnalité controversée :« Un couple en prière, une union stérile, un pays divisé, est-ce un bilan ?» s’interroge audacieusement Claude de Valkeneer sur le règne du Roi. Il tranche radicalement avec l'hommage unanime rendu au Roi lors de son décès en juillet 1993.
Homme secret, « l'intuition le guide plus que l'intelligence », affirme-t-il. « Le Roi n'avait pas la formation, le caractère et l'autorité indispensables pour des interventions musclées dans le respect de la Constitution. Être passé de l'adolescence à l'âge adulte sans avoir eu la maturité, occuper la plus haute fonction sans avoir fréquenté ni athénée, ni université, tout cela incite à la prudence, voire à la méfiance ». « Le roi Baudouin ne se livrait jamais. Il était sur ses gardes. Il le fut toute sa vie.
« Baudouin le Saint ? » titre ironiquement Nadia Geerts. « Proche des gens, humain, profondément bon, il aurait été selon d’aucuns un roi exemplaire, l’incarnation même du désintéressement et de la charité. Un roi comme on en voudrait plus souvent, en somme...
C’est oublier, sous les manières timides et effacées de l’homme, la détermination, les obsessions et les bourdes énormes du chef d’Etat. C’est oublier que Baudouin, depuis son intronisation jusqu’à sa mort, a régulièrement bafoué la démocratie, le parlementarisme et la laïcité de l’Etat, se montrant en cela le digne fils de son père. »
On l’accuse au début des années 60, de déjeuner avec Franco qui avait abrité les enfants de Léopold III sous son aile pendant la guerre.
Les bourdes de Baudouin furent nombreuses au cours de son règne, depuis son discours en France, en 1961, où il compara la science à des marécages sur lesquels on ne peut construire une cité humaine, jusqu’à son refus, en 1990, de signer la loi dépénalisation partiellement l’avortement – loi qui avait pourtant été votée démocratiquement par les représentants légitimes du peuple belge. Nous pouvons encore y voir une religiosité excessive.
Et il y a la sympathie jamais démentie témoignée par Baudouin à Juvénal Habyarimana (ex président du Rwanda opposé à la démocratie). Pire lorsque Baudouin intervint en personne auprès du gouvernement pour marquer son souhait d’une intervention militaire de la Belgique au Rwanda ! - ce qui lui confère une lourde responsabilité dans le conflit qui opposa Hutus et Tutsis et le génocide qui suivit, en 1994.
Ce qu’on retiendra de ce Roi :Un homme qui ne ménagea pas sa peine à suivre les méandres de la vie politique, doué d’une habileté tactique à choisir les hommes et trouver des compromis. Capable d’écoute et faisant preuve de gentillesse, rassurant les humbles, décontenançant les puissants. Il vous regardait tout droit dans les yeux, souriant, tenant volontiers sa reine par la main, posant des questions claires, attentif aux réponses.
Pleurant ensemble, nombreux, le jour de sa mort, les Belges surent alors que la Belgique avait un roi, et qu'ils l'avaient aimé.
Souverain « déchu », dirigé par sa foi et par son cœur plus que par sa raison, il lutta pour conserver l’unicité de son pays ainsi qu’une certaine solidarité et morale religieuse. Sans doute ses aspirations ne le prédestinaient pas à une carrière politique. Il fut selon moi un homme parfois incompris qui fit avec foi ce qu’il croyait juste.